11, 12 et 13 mai : Colloque Hybridations

Après l’exposition des travaux de l’atelier, la résidence d’artiste de Marc-Antoine Mathieu s’achèvera, les mercredi 11, jeudi 12 et vendredi 13 mai prochain, par un colloque international consacré aux Hybridations textes & images. Le colloque se tiendra au 5e étage de la Bibliothèque Universitaire (site Tanneurs) ; il est ouvert au public.

Affiche du colloque

Ce colloque est organisé par le laboratoire InTRu (JE 2527), avec le soutien du Service Culturel, du Conseil scientifique, de l’UFR Arts et Sciences Humaines, de l’UFR Lettres et Langues et de la DRAC Centre.

Durant le colloque, l’exposition des travaux de l’atelier sera présentée au public, dans la salle du 5e étage de la Bibliothèque.

Renseignements et contacts : laurent.gerbier@univ-tours.fr, cecile.boulaire@univ-tours.fr, france.nerlich@univ-tours.fr

Consultez ci-dessous ce même programme (ou téléchargez-le au format pdf : hybridations) :

Programme du Colloque Hybridations

Mercredi 11 mai (après-midi)

  • 17h30 : Accueil des intervenants
  • 18h : Laurent GERBIER (Université de Tours) & Marc-Antoine MATHIEU (artiste en résidence) - « Détournement et hybridation : la résidence d’artiste 2010-2011 »
  • 19h : Pot d’accueil et visite de l’exposition

Jeudi 12 mai (matinée)

  • 9h30 : Hélène VIAL (Université de Clermont-Ferrand II) - « Les Métamorphoses d’Ovide illustrées au fil des siècles ou l’hybridation démultipliée »
  • 10h15 : Anna FIERRO (Università di Firenze) - « Théâtre à lire, roman à jouer : l’hybridation dans Petites misères de la vie conjugale de Balzac »
  • 11h : Pause
  • 11h15 : François FIEVRE (Université de Tours) - « Le mariage est-il une hybridation ? The Marriage of Heaven and Hell de William Blake entre texte et image »
  • 12h : Elisabetta SIBILIO (Università di Cassino) - « Un auteur hybride : Jean Bruller alias Vercors »

Jeudi 12 mai (après-midi)

  • 14h45 : Pierre FRESNAULT-DERUELLE (Université de Paris I) - « Le malin génie des images (réflexions sur l’iconotexte) »
  • 15h30 : Christophe MEUNIER (IUFM d’Orléans) - « Peter Sis ou l’imagier des espaces »
  • 16h15 : Pause
  • 16h30 : Constance MORETEAU (Université de Paris X) - « The Big Book d’Alison Knowles : un sur-livre en hybridation continue ? »
  • 17h15 : Valérie MORISSON (Université de Bourgogne) - « David Godbold, The Unreliable Narrator : hybridation et subversion »

Vendredi 13 mai (matinée)

  • 9h30 : Thierry SMOLDEREN (EESI Angoulême) - « L’hybridation graphique, creuset de la bande dessinée »
  • 10h15 : Thierry GROENSTEEN (EESI Angoulême) - « L’hybridation graphique, ou le patchwork des styles »
  • 11h : Pause
  • 11h15 : Anthony RAGEUL (Université de Rennes II) - « La bande dessinée numérique, si loin et si proche de la bande dessinée. Figures et tensions d’un médium hybride »
  • 12h : Benoît BERTHOU (Université de Paris XIII) - « L’hybridation : un nouveau mode de création »

Vendredi 13 mai (après-midi)

  • 14h45 : Matthieu LETOURNEUX (Université de Paris X) - « ’Les deux camps déployèrent leurs patrouilles’ : hybridité icono-textuelle et hybridité ludo-narrative dans les parties racontées de White Dwarf »
  • 15h30 : Sandra RAGUENET (Université de Provence) - « Hybridations intermédiales : quand la revue informe les frontières icono-textuelles »
  • 16h15 : Pause
  • 16h30 :  Valérie VIGNAUX (Université de Tours) - « Émile Cohl ou l’« invention » du cinéma d’animation : un iconotexte iconoclaste ? Mots-images et séries culturelles dans le cinéma d’animation des premiers temps »
  • 17h15 : Hélène PREVERAUD (Université de Poitiers) - « Le film religieux muet, ou la possibilité d’un ‘évangile filmique’ »
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Jeudi 7 avril : Vernissage de l’exposition

Dès lundi matin, l’ensemble du service culturel s’était attaqué à la mise sous cadres des 62 pièces qui devaient finalement être présentées lors de l’exposition, pendant qu’on préparait les cartels et les panneaux d’explication. Mardi, les différents sites de l’Université avaient été intégralement couverts d’affiches par l’équipe du service culturel, qu’on n’arrête plus.

Affichage sauvage

Jeudi matin, les derniers cartels sont imprimés et massicotés, et une équipe commence le montage de l’exposition dans le hall de l’extension Tanneurs pendant qu’une seconde équipe part diffuser tracts et flyers sur le campus de sciences et le campus de droit. Puis les journalistes de la Nouvelle République viennent assister au montage et interviewer les participants, ce qui nous vaudra un long article dans le journal du lendemain. Ça tombe bien : c’est justement dans cette édition que paraîtra aussi une de nos publicités détournées, sur un espace réservé… aux encarts publicitaires.

Article NR

Pub NR

A dix-sept heures, l’exposition est prête, cadres accrochés, cartels fixés, dépliants imprimés : une heure avant le vernissage, on peut souffler – et Marc-Antoine Mathieu met la dernière main aux détails, comme ce grand carton à dessin dans lequel on a mis à la disposition des visiteurs tous les travaux formels et les exercices qui ont jalonné la progression de l’atelier.

Les coulisses

A dix-huit heures, enfin, le hall de l’extension commence à se remplir : collègues, étudiants, amis et curieux, ce sont en tout un peu plus de 80 personnes qui viennent assister au vernissage et qui découvrent, mi-incrédules ni-hilares, les 62 travaux produits par l’atelier au cours de ces six mois de travail intensif. Avant que les invités ne se ruent sur les petits-fours et les gobelets de Vouvray, Loïc Vaillant, président de l’Université, prononce un discours qui rappelle l’importance des activités culturelles au sein de l’Université ; puis il laisse la parole à Marc-Antoine Mathieu, qui souligne qu’un auteur de bande dessinée choisit généralement ce métier pour ne jamais avoir à faire de discours.

Discours de Loïc Vaillant (on reconnaît au second plan Marc-Antoine Mathieu, hilare)

L’exposition est un franc succès ; les tracts et les cartes postales disparaissent à toute vitesse des présentoirs, et les visiteurs ne cessent de réclamer des reproductions des travaux les plus marquants, qu’ils aimeraient bien pouvoir afficher chez eux. On réalise, mais un peu tard, qu’on aurait sûrement pu gagner beaucoup d’argent en vendant toutes ces images – ah, décidément, quel dommage de n’avoir aucun but lucratif !

L’exposition est visible dans le hall des amphis 2 & 3 de l’extension Tanneurs jusqu’au 14 avril. Ensuite, ouvrez l’oeil : elle ressurgira peut-être ailleurs (en projet : Blois, Angers, et même Barcelone).

L'exposition

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Samedi 2 avril : 17e (et dernière) séance de l’Atelier

Cinq jours seulement avant le montage de l’exposition finale, une ultime séance de l’atelier a été ajoutée, à la dernière minute, pour permettre de boucler les derniers travaux encore en cours. Dans la grande salle vitrée du 5e étage de la bibliothèque, on s’affaire aux derniers découpages, collages, montages et lettrages pour que tout soit prêt.

Et on boit énormément de café.

Derniers découpages

Le nerf de la guerre

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Jeudi 31 mars : conférence « Studio » de François Ayroles

Cette sixième et dernière conférence studio se déroule en l’absence de Marc-Antoine Mathieu, retenu au fond d’une grotte à Bastia (sic). Marc-Antoine est désolé de ne pas pouvoir être là, d’autant plus que pour cette dernière conférence, François Ayroles nous a préparé une « conférence dans la conférence », en mettant à profit son goût de la contrainte formelle et son érudition hergéologique. Comme les cinq autres, ce « studio » est animé par Laurent Gerbier.

Ayroles par Ayroles

LG : Je commence par présenter en deux mots le travail de François Ayroles — en deux mots, parce que la « conférence dans la conférence » qu’a préparée François nous en dira beaucoup plus que ce qu’un entretien classique aurait pu présenter. Comme d’habitude, je n’ai pas préparé de « nécrologie par anticipation », je me contente de résumer le parcours de notre invité : François Ayroles est né en 1969, a été élève de l’EESI d’Angoulême, où il a eu comme prof Thierry Groensteen, notre premier invité des conférences « studio » ; puis il a commencé à publier en 1994, avant de devenir un des piliers de l’OuBaPo. Comme d’habitude également, je vous propose pour commencer un choix parfaitement arbitraire de couvertures de livres de François Ayroles.

Choix de livres de François Ayroles

J’ai voulu que figurent d’une part Travail rapide et soigné, qui est une anthologie très variée des premiers travaux de François Ayroles publiés entre 1994 et 2006, et qui offre par conséquent une très bonne façon d’entrer dans son travail et de découvrir sa palette (aussi bien dans la diversité de ses techniques que dans la variété de ses récits). J’y ai ajouté d’autre part un volume de la collection Mimolette, ici par exemple Notes mésopotamiennes (mais je recommande également Les Parleurs ou Les Penseurs, dans la même collection). J’ai également fait figurer les Nouveaux moments clés de l’histoire de la bande dessinée, second recueil de dessins consacrés sur un mode gentiment nonsensique à l’histoire édifiante de la bande dessinée, et régal pour l’amateur. Enfin j’ai ajouté le dernier livre publié par François, Les Plumes, dont il est seulement le dessinateur (sur un scénario d’Anne Baraou) ; Les Plumes suit les petites aventures et les grandes phrases d’une brigade d’écrivains désabusés et impassibles, délicats et lettrés. C’est un portrait de groupe qui, par petites touches, construit une comédie inattendue et étonamment drôle : il faut recommander cette lecture à tous ceux qui ont le goût de la littérature.

Toutefois, cette présentation ne rend pas compte de l’inscription du travail de François Ayroles dans les travaux à contraintes qui se déploient dans la mouvance de l’OuBaPo, dont il fait partie. En effet, après Étienne Lécroart en février, François Ayroles est le deuxième auteur « oubapiens » à se prêter au jeu de la conférence studio : c’est évidemment sur ce point que, dans le prolongement de l’entretien avec Étienne Lécroart, j’avais d’abord songé à l’interroger, mais comme François Ayroles m’a proposé une conférence farcie de révélations fracassantes sur le rapport d’Hergé à la bande dessinée à contraintes formelles, je lui laisse le micro, parce que je crois que sa conférence va en dire bien plus qu’un entretien en ce qui concerne la littérature graphique à contraintes.

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[Avertissement : devant le caractère proprement stupéfiant des révélations de François Ayroles, nous ne reproduisons pas ici le contenu de sa conférence, intitulée « Hergé Crypto-oubapien » : dès que ce sera possible, nous mettrons directement en ligne la version vidéo de cette conférence, afin que le public, qui a le droit de savoir, puisse juger sur pièce].

Hergé crypto-oubapien (Les Bijoux de la Castafiore)

LG : peux-tu rappeler les conditions dans lesquelles tu as donné cette conférence pour la première fois ?

FA : oui : c’était il y a environ quatre ou cinq ans, dans le cadre des « jeudis de l’Oulipo », qui se tenaient à la Bibliothèque Nationale de France, devant un public très au fait des contraintes oulipiennes. L’œuvre d’Hergé est tellement riche qu’elle se prête à toutes les lectures, à tous les détournements : c’est une source à laquelle je n’arrête pas de puiser. D’ailleurs j’ai pu reprendre et augmenter cette conférence pour ce soir, en trouvant de nouveaux éléments et de nouvelles images, alors que je croyais avoir déjà fait le tour de tout ce qui était utilisable.

LG : j’ai eu le sentiment très net, en regardant en parallèle des planches d’Hergé pour l’atelier et tes propres livres, qu’il y avait une sorte de gouffre entre deux manières d’aborder la bande dessinée : d’un côté, dans ton travail, une constante qui est le goût de la combinatoire, de l’agencement entre des figures et des personnages dont il s’agit d’explorer à la loupe les rapports et les déplacements, allant même jusqu’à des compositions graphiques parfois quasi exclusivement rythmiques, qui semblent quitter la narration proprement dite ; et d’un autre côté on a avec Hergé un raconteur d’histoires. Comment articules-tu ton goût de la combinatoire formelle avec ton goût pour Hergé, qui, lui, raconte, et fait sans cesse surgir de la nouveauté, de l’accident ?

La stabilité (Travail rapide et soigné)

FA : je tiens beaucoup à une forme de rigueur qui consiste à choisir très peu d’éléments de départ, pour ensuite les exploiter au maximum. J’aime l’idée de pousser un mécanisme le plus loin possible (c’est le cas dans les volumes de la collection Mimolette, par exemple pour Les Penseurs, dans lequel je me suis astreint à ce que les bulles ne soient constituées que des quelques idéogrammes). Quand on travaille de cette manière, on a le sentiment qu’on va trouver les limites de l’exercice, et puis à un moment, on rebondit… puis on finit par s’arrêter quand on s’est vraiment épuisé. Justement, chez Hergé, je suis frappé par sa manière de recycler, de réutiliser ses personnages, de les faire revenir d’album en album, et de construire le récit avec un minimum d’éléments de départ, tous bien connus d’emblée.

LG : le point commun, ce serait l’économie de moyen ?

FA : le point commun entre Hergé et moi, déjà, c’est une drôle d’idée ! On doit partager au maximum une quinzaine de lecteurs… Non, plus sérieusement : quand on a lu Hergé enfant, on a évidemment un goût pour sa manière de raconter, pour sa façon d’agencer des histoires et des aventures, mais on se retrouve aussi avec une sorte de blocage quand il s’agit de reproduire ce genre de choses. Nous, on est pour ainsi dire entrés dans une période post-moderne : on recycle, on relit ; on sait que le modèle est insurpassable, alors on prend le contre-pied de cette façon de faire, en se limitant par exemple à des thématiques très restreintes, comme c’est le cas avec Les Amis, qui est une « anti-aventure » au sens hergien.

LG : le personnage central de ta conférence, Pierre Werth, a un nom qui grossièrement traduit, rappelle clairement celui de « Groensteen »… Quel rapport entretiens-tu avec les travaux théoriques sur la bande dessinée ?

Le retour de Dieu (Autrement, 1994)

FA : j’ai découvert Thierry Groensteen lorsqu’il a repris les Cahiers de la Bande Dessinée : j’avais 15 ans, et ça correspondait à la fois à une réévaluation du discours sur la bande dessinée, et à ma propre découverte de nouveaux domaines de la bande dessinée. Sa réflexion théorique sur la bande dessinée a accompagné ma découverte de certaines œuvres: José Muñoz, Francis Masse, etc. Le type de lecture que défendait Groensteen m’a montré des choses nouvelles et m’a fait réfléchir ; il y avait en particulier à l’époque un débat récurrent sur la « spécificité » du langage de la bande dessinée, et ça me concernait et m’intéressait beaucoup. J’ai toujours eu à cœur de faire des livres qui ne puissent pas être autre chose que des bandes dessinées, au sens où on ne pourrait pas les adapter. Je sais qu’existe des prix pour les « meilleurs adaptations » de bandes dessinées au cinéma : moi, j’aimerais bien avoir au contraire le prix de la bande dessinée « la moins adaptable au cinéma »… Ensuite, j’ai eu Groensteen comme professeur à l’école d’Angoulême ; dans le cadre de l’atelier de BD d’Angoulême, j’ai pu développer et approfondir mes propres travaux. J’avais tendance à proposer des travaux à contraintes, avant même la création de l’OuBaPo, sous l’influence de Gotlib – dont on ne dira jamais assez l’importance pour le développement des travaux à contraintes formelles, parce qu’il avait un goût particulier pour ce genre de jeux, et puis lui-même était influencé par l’OuLiPo. A la création de l’OuBaPo [en 1993], j’ai évidemment sauté à pieds joints sur cette opportunité. Et puis, comme Thierry Groensteen dirigeait une collection qui s’appelait « Regards Graphiques » chez Autrement, il m’a proposé de participer à un volume collectif intitulé Le Retour de Dieu: c’était mon premier travail professionnel. Et je l’ai également retrouvé au sein de l’OuBaPo, dont il était membre. Voilà : je l’avais lu, puis je l’avais eu comme prof, et finalement il est devenu mon éditeur, et même mon critique. La boucle était bouclée.

1, 2, 3 (publié dans Comix 2000, L'Association, 1999)

LG : quand tu dis que « les questions de spécificité du langage de la bande dessinée étaient débattues » [dans les Cahiers], peux-tu développer un peu ?

FA : je ne prétends pas maîtriser les termes du débat théorique comme peuvent le faire un Thierry Smolderen ou un Thierry Groensteen : je ne sais pas si la bande dessinée est un langage, mais je sais que ce qui m’intéresse, c’est de faire une bande dessinée qui ne puisse pas être autre chose. Mais je ne me sens pas armé pour avoir un discours théorique. Cela étant, les choses ont changé : on ne parle plus tellement de cette histoire de définition formelle ; il n’y a plus de grande définition générale de « la » bande dessinée ». Je me souviens qu’à l’époque on citait la définition de Claude Moliterni, pour qui la bande dessinée se réduisait à la présence de la bulle. Voilà : ce que je savais, moi, c’est que ce genre d’approche générale, ça ne m’intéressait pas – ce qui m’intéressait, et qui m’intéresse toujours, c’est de démonter la définition, de la pousser dans ses limites, d’aller fouiller sur les côtés.

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Pour en savoir plus : une interview de François Ayroles par l’équipe de Du9.

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Jeudi 31 mars : 16e séance de l’Atelier

Pour cette 16e séance de l’atelier, c’est François Ayroles (qui donnera le soir même la sixième et dernière conférence « studio ») qui anime les travaux, en l’absence de Marc-Antoine Mathieu retenu par le festival de Bastia (au moment même où l’atelier débute, Marc-Antoine est au fond d’une grotte sous la vieille ville de Bastia).

Parce que l’atelier touche à sa fin, et que les ultimes travaux sont en cours d’achèvement, François Ayroles est venu avec une idée de travail collectif : puisque l’atelier travaille depuis bientôt six mois sur le détournement, il lui semble parfaitement inconcevable, en tintinophile averti, que l’on ne s’attaque pas à la planche de Vol 714 pour Sydney qui raconte justement un détournement d’avion !

On s’attaque donc, par petits groupes, au détournement de ce détournement, pendant que les travaux en cours avancent à grandes enjambées. Les résultats seront présentés lors de l’expositions, mais voilà deux extraits de ce « détournement de détournement », à titre de bonus.

Rafale

Rigolote

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Jeudi 24 mars : 15e séance de l’Atelier

C’est la dernière séance de l’atelier animée par Marc-Antoine, qui part la semaine suivante pour le festival de Bastia, et ne reviendra ensuite que pour le montage de l’exposition finale. Il s’agit désormais de terminer les travaux en cours, et de sélectionner les derniers visuels pour les affiches, les tracts et les cartes postales.

Pendant qu’une équipe prépare les scans des derniers travaux et retouche certains lettrages avant l’envoi aux imprimeurs, le reste de l’atelier s’affaire sous la houlette du patron. Le temps s’accélère, nettement.

Derniers conseils

Le coup de main

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Jeudi 17 mars : conférence « Studio » de Thierry Smolderen

Jeudi 17 mars a eu lieu l’avant-dernière conférence « studio » de la résidence d’artiste, avec pour invité Thierry Smolderen. Né en 1954, Thierry Smolderen est scénariste et historien de la bande dessinée ; il enseigne actuellement à l’EESI d’Angoulême.

Thierry Smolderen

Vous trouverez ici un entretien entre Thierry Smolderen et François Boudet des détails croustillants sur la biographie du premier, ainsi que des informations de première main sur son travail, son goût de la guitare jazz, ou ses articles dans les Cahiers de la Bande Dessinée.

Thierry Smolderen a récemment publié aux Impressions Nouvelles un livre qui fait d’ores et déjà autorité, Naissances de la bande dessinée, de William Hogarth à Winsor McCay. Un long compte-rendu lui a été consacré sur le site de Fabula.

En attendant le compte-rendu de sa conférence, qu’un problème technique (inutile de vous ennuyer avec du jargon de spécialiste, mais c’est une histoire obscure de poil dans la main compliqué par une sombre affaire de carnet de notes égaré) nous empêche de publier dès aujourd’hui, voici une petite planche-contact pour vous faire patienter.

Thierry Smolderen parle avec les mains

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Détournements, l’expo

Les travaux réalisés par les étudiants dans le cadre de l’atelier de la résidence de Marc-Antoine Mathieu seront exposés du jeudi 7 au jeudi 14 avril 2011 (Université François-Rabelais, site des Tanneurs, dans le hall des amphis 2 & 3 de l’extension : voir plan ci-dessous).

Vernissage le jeudi 7 avril à 18h

plan d'accès

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Jeudi 17 mars : 14e séance de l’atelier

En présence de Jens Meinrenken, qui a animé la séance du séminaire Iconotextes le matin même, l’atelier s’ouvre sur un pointage des travaux réalisés. On passe en revue les oeuvres encore en cours, et on fait le point sur l’avancement des opérations de restitution (flyers, affiches, etc.).

Ensuite, pendant que Marie Pétry, qui nous accompagnera pendant les dernières semaines de la résidence, prend des photos de l’atelier, les travaux reprennent, colle, ciseaux et vieux journaux. La diversité des pistes qui ont été ouvertes, la variété des thèmes, la multiplicité des traitements graphiques, occupe Marc-Antoine Mathieu à plein temps : il joue son rôle de chef d’orchestre du laboratoire.

Le chef (© Marie Pétry)

L'orchestre (© Marie Pétry)

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Jeudi 17 mars : Iconotextes

Jeudi 17 mars, le séminaire Iconotextes du laboratoire InTRu accueille Jens Meinrenken pour une conférence intitulée « Questions de style : la bande dessinée comme forme visuelle de la modernité ». Jens Meinrenken a fait des études de philosophie et d’histoire de l’art à Bamberg, et à Berlin (Freie Universität et Humboldt Universität). Il enseigne à la Humboldt Universität de Berlin. Ses travaux récents portent essentiellement sur la bande dessinée. Il est membre de la Gesellschaft für Comicforschung (ComFor) [Société de recherche en bande dessinée].

Questions of style : Comics as the Pictorial Form of Modernity

La conférence de Jens Meinrenken examine la manière dont les « comics » traitent l’image en général, et s’intéresse tout particulièrement à la façon dont les images sont représentées dans les comics : les comics révèlent en effet une « conscience » de l’image qui est liée à leur capacité à « digérer » toutes les formes d’art visuel, de la peinture au cinéma, et à les intégrer dans leur propre mode de représentation d’une façon extrêmement réfléchie. Cette réflexion du pictural en général dans l’économie visuelle et narrative des comics conditionne à son tour la réception des comics dans les autres arts, et permet d’avancer l’hypothèse que dans cette circulation de l’image consciente d’elle-même les comics s’affirment comme une des formes visuelles essentielles de la modernité.

Pour illustrer la manière dont, dès le XIXe siècle, les comics se montrent capable de reproduire graphiquement les autres régimes de l’image, Jens Meinrenken étudie plusieurs aspects de cette reproduction, appuyés chaque fois sur des images précises.

1. L’image dans l’image, exemple de rhétorique de l’imagination

Vermeer, La femme à la balance, 1664

Le thème de l’image dans l’image est un classique de l’art moderne, particulièrement bien illustré dans la peinture hollandaise du XVIIe siècle. Jens Meinrenken rapproche ainsi un tableau de Vermeer (La Femme à la balance, 1664, dans lequel se joue un effet d’écho entre la balance tenue par le personnage principal et la balance du jugement dernier dans le tableau que l’on voit au mur derrière elle) et une planche de Outcault (The Yellow Kid’s New Phonograph, 1897) ainsi qu’une planche de Cliff Sterrett (Polly and Her Pals, 1937) qui emploient le même effet de jeu entre l’image et « l’image d’image ».

2. L’image d’atelier : formes de l’autoportrait dans la peinture et les comics

Rembrandt, Le peintre dans son atelier, 1626-1628

Le « portrait d’atelier » est un des thèmes classiques dans lesquels la réflexion sur l’activité même du dessin et de la peinture s’incarne pleinement. Là encore, une comparaison le montre très bien : d’un côté, Le Peintre dans son atelier de Rembrandt (1626-1628), dont le tableau retourné laisse l’imagination s’installer dans l’espace ouvert entre la toile figurée et le regard du peintre, s’inscrivant ainsi dans une tradition qui remonte aux portraits de Saint Luc dessinant une apparition de la Vierge et le Christ – la vision et le dessin de la vision coexistent alors dans la représentation elle-même picturale de l’ensemble, qui constitue en soi une réflexion sur la différence entre dessin et peinture. Il est frappant que, tout en rejetant apparemment toute identification à l’art classique, les comics aient si souvent sacrifié à ce thème (ainsi Eisner, Crumb, Spiegelman).

3. Entrer dans l’image : marquer et dissoudre les limites de l’espace pictural

Une bande de 1957 dessinée par Steve Ditko met en scène un tableau étrange doté de pouvoirs magiques, dont la représentation joue avec des codes visuels variés qui encapsulent dans l’image ses propres pouvoirs de transformation. La première page de l’histoire, dans laquelle le fameuse toile est dotée d’yeux, et porte une ombre vampirique, a des origines cinématographiques (ainsi chez Hitchcock ou Murnau).

4. Abstraction et synesthésie : sur le rythme de la couleur et de la forme


Plasticman Comics, 1950

Bosch, Das Feld hat Augen und der Wald hat Ohren

Le traitement de l’art abstrait par les comics est un des thèmes par lesquels se découvre le pouvoir sensoriel de l’image dessinée : un épisode de Plastic Man Comics en 1950 le montre bien, représentant Pastic Man prenant la forme d’un tableau abstrait dont ne dépassent plus que ses yeux et ses oreilles, emblèmes graphiques de l’observation (à comparer avec le dessin de Hieronymus Bosch, Le Champ a des Yeux et le Bois a des Oreilles).

Frank King, Gasoline Alley, 1931

Robert Delaunay, Rythme Joie de Vivre, 1930

Marcel Duchamp, Rotorelief, 1935

Autre exemple : Frank King, dans les Sunday pages de Gasoline Alley, joue avec les représentations graphiques. Ainsi, dans une planche de 1931, Skeezix joue avec un compas, et la planche de King se met à citer graphiquement les oeuvres de Robert Delaunay (Rythme Joie de Vivre, 1930) ou les lithographies de l’Anemic Cinema de Marcel Duchamp (qui préfigurent en 1925 ses rotoreliefs de 1935), jouant comme elles sur les rythmes des couleurs et des formes.

5. Disegno : le dessin, Père des Arts

Gasoline Alley (détail)

Dans la dernière case de la planche de King, Skeezix résume une théorie de l’art qui, rappelant l’anecdote du « O » parfait de Giotto, fait du dessin le père de tous les arts. Jens Meinrenken rapproche cette idée de l’album de Marc-Antoine Mathieu, Le Dessin, dans lequel un des personnages engendre tout son travail à partir d’un seul dessin d’un de ses amis disparus : Mathieu rassemble autour de ce thème une collection de citations graphiques qui voient le dessin de départ revêtir successivement toutes les formes historiquement adoptées par la peinture et le dessin.

Marc-Antoine Mathieu, Le Dessin

En conclusion, Jens Meinrenken projette un court extrait du film Kickass, dans lequel le réalisateur a intégré des dessins tirés du comics dont le film est l’adaptation. Ces images confirment la thèse de départ : la capacité de l’image de comics à intégrer, reproduire, et mettre au travail toutes les formes d’art visuel, la rend à son tour particulièrement propre à être représentée et reproduite dans d’autres formes d’art : ici, par exemple, la caméra « tourne » autour de l’image, puis s’en approche, et la force ainsi à prendre du relief, en une ronde-bosse inattendue. Les comics prennent ainsi leur place dans la grande histoire picturale et anthropologique des images.

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